Pour une nature habitée

EcologiK, juin 2018

Pour une nature habitée

EcologiK, juin 2018

La place de la nature en ville est aujourd'hui une évidence, confirmée par l'ensemble des projets de "nature à habiter" jusque dans le cœur de nos villes. Un effet de mode qui n'est pas sans rapports avec les événements climatiques récurrents.

Les défis environnementaux sont devenus incontournables pour l’ensemble des acteurs de l’aménagement urbain. La place de la nature en ville est désormais reconnue comme l’un des leviers importants du développement durable. Elle permet notamment de préserver la biodiversité et la perméabilisation des sols, de constituer le réseau des espaces ouverts, les précieuses trames verte  et bleue, et de répondre à des critères de qualité de cadre de vie ou de lien social. Les enjeux sont autant écologiques, qu’économiques ou sociaux.

Dans de nombreux projets de territoire contemporains, la traditionnelle opposition ville nature a heureusement cédé la place à une possible cohabitation. Cependant, cette évolution se limite souvent à une « mise en parc » de la nature, afin de rendre acceptable une nécessaire densification. Cette figure du parc classique correspond historiquement à la nature domestiquée qui s’impose dès le XIXe siècle dans nos villes et se prolonge à travers une vision hygiéniste du mouvement moderne. Le Corbusier lui-même énonce comme principe de base une architecture et un urbanisme capables de « rétablir les conditions de nature dans la vie quotidienne au service du corps ».

N’est-ce pas paradoxal de souhaiter que la nature en ville soit contrainte, autrement dit… contre-nature ? Comment faire évoluer ce modèle à la française pour accepter une nature plus diversifiée, moins ordonnée ?

 

Une série d’espaces complémentaires

 

Développer la ville-jardin avec des espaces ouverts et verts ayant des formats plus modulés, moins convenus, utilisant des espaces privés comme publics, pérennes comme temporaires, assure la mise en place d’un réseau de continuités à vocation multifonctionnelle.

Il faut réfléchir la ville-jardin comme une série d’espaces complémentaires.

Des infrastructures en milieu urbain peuvent devenir support d’un nouveau paysage, transformer la nuisance en espace fédérateur, comme la High Line, à New York.

Quand on constate que l’un des critères importants pour le choix d’un logement est sa proximité avec un espace vert, on ne peut qu’utiliser cette stratégie de trame d’espaces verts pour mieux distribuer la qualité de cadre de vie et améliorer son accessibilité.

Longtemps, on a considéré les espaces ouverts comme en attente d’urbanisation, des réserves foncières.

Faire reconnaître la valeur environnementale, culturelle, paysagère et récréative du territoire et de ses espaces ouverts, c’est permettre sa connaissance, assurer son respect et encourager son partage. Il s’agit de retrouver l’usage de la géographie, de la placer en amont de nos stratégies d’aménagement, pour articuler toutes les échelles, et échapper à la contrainte des millefeuilles administratifs.

Améliorer la connaissance du territoire est essentiel pour enrichir nos modes d’action et enfin réconcilier la ville et la nature sous toutes ses formes.

 

Delphine Baldé